
Toutes les fontes — loin s’en faut — ne conviennent pas à une utilisation sur Internet. Et cela pour plusieurs raisons. Les polices serif (ou antiques) sont caractérisées par des pleins et des déliés. À l’écran, ces derniers n’apparaissent pas ou très peu. Alors que depuis des siècles elles ont régné sur l’imprimé, les antiques tendent aujourd’hui à disparaître sur la Toile au profit de polices de caractères sans serif (ou linéales1). De plus, les sans serif, dont les tracés sont uniformes, s’avèrent à la fois plus lisibles et élégantes lorsqu’elles sont pixellisées2.
En guise d’exemples, les fontes Didot et Futura, bien que très connues et appréciées, sont déconseillées sur la Toile. La première parce que c’est une antique (serif), la seconde (une linéale) parce que seuls les graphistes (et les plus nostalgiques d'entre eux) la possèdent sur leur ordinateur.
Échantillon de la fonte antique Didot du typographe suisse Adrian Frutiger © Heidelberger Druckmaschinen
Échantillon de la fonte linéale Futura du typographe allemand Paul Renner © Bauer Types
Au-delà de ces considérations liées au confort des lecteurs et à l’esthétique graphique, il convient de rappeler que fort peu de fontes sont présentes par défaut sur toutes les machines. Une famille de caractères aussi commune pour les utilisateurs d’ordinateurs Apple que l’Helvetica ne s’est vue introduite sur les systèmes Windows que très récemment, Microsoft ayant préféré employer, pour des raisons commerciales, un Ersatz s’inspirant de l’Helvetica : l’Arial3.
La première limitation dans l’usage des polices de caractères sur la Toile est due, par conséquent, au nombre restreint de familles disponibles sur tous les ordinateurs personnels. Windows 95 ne comprenait qu’une dizaine de fontes par défaut. Windows XP plus d’une cinquantaine. Mac OS 10.4 contient une vingtaine de familles installées dans la bibliothèque du système, lesquelles ne sont pas forcément identiques à celles existant dans Windows XP.
Les polices les plus répandues aujourd’hui, et avec lesquelles les développeurs de sites ne devraient par rencontrer de problème, sont les suivantes :
Les autres polices ne s’afficheront pas sur tous les navigateurs. Bien sûr, de nombreuses fontes sont ajoutées aux systèmes d’exploitation lors des installations de nouveaux logiciels, par exemple celles fournies avec Adobe Creative Suite. Mais la proportion des internautes qui en sont équipés est fort restreinte. Par exemple, il conviendra de ne pas employer les diverses Garamond4, quand bien même celles-ci sont aujourd’hui très répandues tant sur les machines tournant sous Windows que sur celles employant Mac OS X.
En ce qui concerne les fontes cursives, décoratives ou expérimentales, il est recommandé de les bannir d’Internet, et ce pour des raisons graphiques. À l’écran, elles s’avèrent peu lisibles. On pourra toutefois les employer en grand corps pour les logotypes ou les en-têtes de sites.
1. Les linéales, aussi appelés « grotesques » en typographie, se caractérisent pas une absence d’empattements, ainsi qu’une réduction (voire, le plus souvent, une absence) de déliés. Nées à la fin de la Première Guerre mondiale, elles ont connu un grand engouement de la part des publicitaires.
2. Phénomène que l’on appelle aussi crénelage, ou aliasing, qui consiste en l’apparition de dentelures lors de l’affichage de courbes ou de diagonales. Il est souvent lié à des problèmes de résolution d’écran ou de diminution de qualité des images. Sur Internet, ce sont principalement les caractères de petite taille qui souffrent à ce point de leur simplification graphique qu’ils en deviennent méconnaissables.
3. La fonte Arial est une adaptation de la Grotesque de Monotype. Elle reprend la même chasse que l’Helvetica qui appartient depuis 1985 à Linotype. C’est cette solution « bon marché » qui a reçu les faveurs de Microsoft (entreprise qui a l’habitude de se satisfaire du pire).
4. Les caractères romains créés par Claude Garamond (1499-1561) ont été appréciés par toute l’Europe de son temps. Ils supplantèrent les caractères dits « gothiques » et servirent, à la Renaissance, à l’édition des classiques latins. L’American Type Founders (ATF) sortit en 1917 une nouvelle Garamond qui allait inspirer des générations de créateurs de fontes. C’est la raison pour laquelle de nombreuses versions de Garamond circulent aujourd’hui, les plus connues étant la Stempel Garamond, l’Adobe Garamond, la Granjon, la Sabon, la Garamond ITC et la Garamond Peignot.
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